Passer un cheval pieds nus change souvent la relation que l’on a avec lui et la façon dont on gère son quotidien ; pour ma jument Joye, ce choix pris en 2018 a transformé son confort et mon approche du soin des sabots.
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TogglePourquoi de plus en plus de propriétaires considèrent le pieds nus
Beaucoup d’entre nous ont grandi avec l’idée que les fers sont indispensables au cheval de sport. Pourtant, l’expérience montre que le fer n’est pas toujours la meilleure réponse : il canalyse le contact avec le sol, modifie la mécanique du pied et réduit la sensibilité plantaire. Dans certaines structures où les chevaux vivent en troupeau, on défère volontairement les postérieurs pour limiter les risques de blessure infligée à un congénère ; cela m’a fait remettre en question mes certitudes.
Le pieds nus n’est pas réservé aux chevaux âgés ou retraités : on trouve aujourd’hui des chevaux de compétition, parfois à haut niveau, qui concourent sans fers. Cela demande toutefois une préparation réfléchie et une gestion attentive des sabots et de l’environnement.
Comment préparer son cheval à être déferré
Avant d’enlever les fers, il est utile d’évaluer plusieurs éléments : le type d’hébergement, l’accès à des sols variés, l’alimentation, et la compétence du professionnel qui s’occupe du parage. Pour Joye, le passage dans une pension de type paddock paradise a été déterminant : des pistes aménagées favorisent le mouvement naturel, la diversité des sols stimule et renforce le sabot, et la vie en troupeau limite le stress lié aux changements.

Un podologue ou un maréchal ferrant expérimenté dans le pieds nus est indispensable. Le parage pour un cheval ferré n’est pas le même que pour un cheval sans fer ; la forme du sabot, l’état de la fourchette et la dynamique de la marche sont pris en compte différemment.
À quoi s’attendre pendant la période de transition ?
Après le retrait des fers, les sabots retrouvent de la sensibilité. Cette phase peut rendre le cheval plus réactif aux terrains durs ou caillouteux. On entend souvent que la transition dure 6 à 8 mois, mais la réalité dépend du cheval, de son historique, du volume de travail et des surfaces fréquentées.
Concrètement, il est utile de :
- augmenter progressivement les sorties à pied sur sols durs mais non abrasifs ;
- éviter de surcharger en travail intense durant les premiers mois ;
- prévoir plus de sorties en main pour stimuler et renforcer le sabot ;
- faire surveiller régulièrement l’état des fourchettes et la qualité de la corne par votre professionnel.
Dans mon expérience, Joye a été sensible surtout sur les cailloux au début, puis a retrouvé sa foulée normale. Le mouvement quotidien et des sorties adaptées ont accéléré son adaptation et réduit les trébuchements dont elle souffrait auparavant.
Quels signes prouvent que le pieds nus fonctionne ?
Quels indicateurs positifs observer ?
On peut considérer que la transition est efficace si le cheval : retrouve une démarche plus sûre, trébuche moins, présente moins d’abcès, et que la fourchette retrouve une texture saine. La présence d’une corne bien adaptée et une sensibilité normale sans boiterie persistante sont de bons signes.
Quand faut-il s’alarmer ?
Si la boiterie persiste malgré une gestion adaptée, ou si des problèmes de corne (éclatements répétés, fourchette pourrie) s’aggravent, il faut réévaluer plusieurs paramètres plutôt que de ferrer systématiquement. Vérifiez l’alimentation, le niveau d’activité, la qualité du parage et l’adéquation des sols fréquentés.
Erreurs fréquentes à éviter
- reférer trop vite parce que le cheval boîte encore après quelques semaines ;
- ne pas modifier l’alimentation alors qu’une ration trop riche peut nuire au sabot ;
- séparer le cheval de tout mouvement en le maintenant au box ou dans un minuscule paddock ;
- confier les premiers parages à un professionnel sans expérience du pieds nus ;
- compter uniquement sur la durée moyenne de transition sans adapter le suivi au cheval.
Entretien pratique pour conserver des sabots en bonne santé
Le parage régulier par un spécialiste demeure la pierre angulaire. Entre deux rendez‑vous, apprendre quelques gestes simples peut aider : observer l’état de la sole et de la fourchette, nettoyer les débris après une sortie et noter tout changement de comportement. Marcher un peu sur route peut aider à “limer” la corne, mais il ne faut pas en abuser car un excès conduit à un sabot trop court et douloureux.

Enfin, remarquez que la corne n’évolue pas de la même façon selon les saisons : chez Joye, la croissance est plus lente l’hiver et plus soutenue au printemps. Adapter la fréquence des parages en conséquence évite des écarts trop marqués entre rendez‑vous.
Votre décision doit être progressive et réversible
Passer un cheval pieds nus est un chemin plutôt qu’une option binaire. Pour certaines juments ou étalons, le rêve d’une transition sans encombre se réalise rapidement ; pour d’autres, il faudra explorer et corriger des causes sous‑jacentes. L’essentiel est d’observer, d’ajuster et de travailler en lien avec un professionnel compétent. Si vous franchissez le pas, préparez‑vous à adapter la gestion de vos sorties et de votre planning, et à accepter une période d’observation avant de porter un jugement définitif.
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Damien Lemaire est un expert des chevaux et des oiseaux, mettant en lumière les particularités de leur soins et leurs besoins spécifiques.